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"Des vignes, la longue histoire"

 

"Dans la région, la naissance de la viticulture remonte à la création de l'abbaye de Saint-Mesmin, sur un domaine, donné par Clovis vers 510 et réputé dès le VIIe siècle pour produire un vin abondant et excellent. Au tournant de l’an mille, le vin de l’Orléanais gagne en renommée.

Aux XIe et XIIe siècles, les grands seigneurs et les évêques poursuivent le travail de mise en culture et de valorisation de la vigne… Les bourgeois leur emboîtent le pas. Ils réclament l’affranchissement des servitudes féodales et exigent notamment que les portes de la ville restent ouvertes pendant les vendanges : ainsi le pouvoir royal ne peut contrôler les quantités récoltées dans le but de leur appliquer une taxe. Les notables locaux établissent leur contrôle de la qualité des crus en créant une police des vignes, et prélèvent des droits sur la vente de tous les vins transitant par la ville.

Du XIIe au XVe siècle, la réputation du vin s’étend et le territoire viticole gagne en surface : de Châteauneuf-sur-Loire à Beaugency, les vignobles s’étendent sur plus de quatorze lieues. On construit pressoirs, cuves, bâtiments vignerons et vaisseaux (autre nom pour désigner le muid)… Désormais, le vin est pressé sur le lieu de récolte et non plus au cœur de la ville. À la fin du Moyen Âge, le vignoble orléanais est comparable, en puissance et en richesse, à celui du Bordelais au milieu du XXe siècle." 2

"En 1429, un notaire de Beaugency, Étienne de Ruequidort, mentionne que l’on trouvait non seulement des vignes d’auvernat, ce qui ne saurait étonner, puisque c’était le cépage "roi", si l’on ose dire, du val d’Orléans, mais aussi des vignes où poussait du"lignage", un pinot noir donnant un vin plus léger, et du "bourdelais", dont Boullay nous dit qu’il s’agit d’un "fromenté", donc d’un fromenteau pinotmeunier." 9

Entre 1450 et 1550, "18 pressoirs sont dénombrés dans la ville de Beaugency. Les caves jouent un rôle essentiel. Entre la plupart d'entre elles, existe un réseau dense de couloirs souterrains... qui constituent un véritable système vicinal infra-urbain. Par ces galeries, transitent les pièces de vin, les barriques, et les traversins qui changent de propriétaires au fil des transactions".10

- Parenthèse : On dit que "Louis XII exigea que son cellier fut approvisionné au pressoir de Cléry, François 1er fit déboiser pour favoriser la culture de la vigne, plus tard Louis XIII se gargarisa volontiers à l’auvernat blanc du Clos des Guignes de Tavers, et enfin Louis XIV balança longuement entre le Beaugency et le Bourgogne. Le crû d’auvernat resta toujours en bonne place dans les festins royaux !"8

"Par leur présence avec la Cour dans les nombreux châteaux du Val de Loire, les rois de France ont largement favorisé le développement du vignoble de la région. Le vin produit était originellement un vin de qualité dont la réputation s’est ensuite propagée à Paris et dans les provinces françaises. Mais cette réputation existait tant que les vignobles étaient aux mains des châteaux, des abbayes et des bourgeois des villes. Elle fut ternie à partir du XVIe siècle lorsqu’elle fut peu à peu prise en main par la paysannerie". 4

… Car "depuis les années 1587-1594 [...], la culture du « teint », ce grossier raisin noir dont le jus servait à donner la couleur rouge aux vins blancs de petite qualité, était alors en progression autour d’Orléans, ainsi d’ailleurs qu’à Beaugency et à Blois … et les vins que l’Orléanais envoyait à Paris n’étaient plus tous recommandables".4

Roger Dion5 expose ainsi les influences qui expliquent l’évolution du vignoble Orléanais-Blésois :

  • "1577 : l’établissement de la règle des 20 lieues*, … encourage les marchands professionnels à venir s’approvisionner en petits vins vers Orléans et sa région, donc le long du Val de Loire ;
  • auparavant, les vins d’Orléans étaient considérés comme des vins fins, de grande réputation («champ de Bacchus»), à faible rendement grâce à l’usage du cépage auvernat (proche du pinot)…
  • ce cépage est peu à peu remplacé par un teinturier donnant des vins de consommation populaire, avec de forts rendements qui fait la fortune des petits vignerons, mais qui assombrit la réputation de ces vins ;
  • cette viticulture populaire l’emporte ensuite dans la région et gagne les abords immédiats rive gauche en Sologne viticole et rive droite dans la petite Beauce".4

[...]Entre Beauce et Sologne, à la fin de l’Ancien Régime, ces petits-cultivateurs-vignerons étaient devenus possesseurs de la majeure partie des sols alluviaux créés par la Loire". 5

"C’était sous Louis XIV, aux environs d’Orléans, un cas ordinaire que celui de cette vigne dont le vin, de délicat qu’il avait été jusqu’alors, était devenu grossier, parce qu’elle était passée de mains bourgeoises en mains paysannes. [...] Le paysan put accéder, bien souvent, à la condition de vigneron indépendant, par un moyen plus facile qui consistait à planter lui-même la vigne sur une terre arable achetée à bas prix". 5

"En 1723, le chanoine Jacques Boullay dans son ouvrage "Manière de bien cultiver la vigne dans le vignoble de l’Orléanais" s’insurge contre les vignerons qui, se soustrayant à la tutelle des bourgeois et du clergé, ont introduit le «Gris Meunier». 1

"La vigne dans la région s’était donc étendue très largement dans le Val de Loire, plaine inondable du fleuve, à la faveur d’une viticulture paysanne.". 4 [...]

Le vignoble orléanais-blésois, avec ses prolongements méridionaux et ses annexes solognotes ou beauceronnes, était peut-être, de tous ceux qui étaient occupés à la production commerciale des vins communs, celui qui dirigeait vers Paris le plus gros apport".4

Pour récapituler l’évolution, il ressort nettement que la césure entre vins de qualité et vins communs est passée aux XVIIe-XVIIIe siècles à l’aval de Blois. À l’aval, les vins de qualité, à l’amont les vins communs. Cette discontinuité a perduré par la suite. Or, les vins communs ont périclité en raison, entre autres, de la chute brutale de la consommation de vins de table. Ne restent [de nos jours] à proximité du Val de Loire que les vignobles donnant des vins de qualité, donc des vignobles majoritairement à l’aval de Blois, rives gauche et droite. Les vignobles à l’amont de Blois ont presque tous disparu, sauf quelques rares vignobles de rive gauche : celui centré sur Cléry-Saint-André, rappelant le vignoble d’Orléans du temps de sa splendeur et de Cheverny, mordant sur la Sologne et formant la Sologne viticole." 4

En 1825, Pierre-Joseph-Spiridion Dufey écrit dans son Dictionnaire Historique, à propos de Beaugency (Baugenci):

"Elle avait autrefois un commerce très florissant ; on y fabriquait des draps et des serges. On y compte encore quelques tanneries et des fabriques de bas communs ; mais la principale branche de son commerce actuel est l’entrepôt de toutes les matières nécessaires à la culture de la vigne et à la confection des barriques." 3

[Cette même année, le canton de Beaugency recense 3282 hectares de vignes. Le vignoble comprend l’espace de terrain situé sur la rive droite de la Loire, depuis Baule jusqu’à la limite de la commune de Tavers. Son étendue est de 12 kms de longueur sur 4 de largeur. Le cépage le plus ordinaire est l’Auvernat-Meunier rouge; on ne trouve plus que chez un bien petit nombre de propriétaires l’Auvernat pur, qui produisait, il y a un demi-siècle, des vins d’une qualité supérieure.6

"En Mai 1843, et c’est un signe qui ne trompe pas, on arrosa l’inauguration du chemin de fer au gris-meunier, point à l’auvernat !"8

Le peintre William Turner, lors d’un long périple en France vers 1826, a réalisé une aquarelle des Clos Jeannette, ces vignes en bord de Loire à Beaugency.

"C’est en s’appuyant sur la carte de Cassini7 et sur la carte d’État-major au 1/80 000° que Roger Dion5 a pu retracer l’évolution spatiale de la vigne [...] longeant le Val de Loire, à l’intérieur même du Val, et déterminant des renflements à proximité des ports fluviaux, Blois, Beaugency, Meung-sur-Loire, Orléans, Jargeau, à la faveur du triomphe de la petite viticulture paysanne»4

Ainsi …quoi qu’ait pu en penser le chanoine Boullay le «Gris meunier» fera la renommée de l’Orléanais. Deux siècles après lui, Luc Bernard, Directeur départemental des services agricoles écrit :

"Les vins les plus réputés de la rive droite sont ceux de Saint-Jean-de-Braye, Semoy, Orléans, Saint-Ay, ceux de Chécy, Mardié, Bou, Fleury-les-Aubrais, Saint-Jean de-la-Ruelle, Chaingy, Ingré", précisant «Le Gris-Meunier est le vrai plant du pays; il y est adapté parfaitement, c’est lui qui forme les 9/10 de l’encépagement des bons vignobles, il est répandu principalement sur la rive droite de la Loire de Bou à Beaugency.

À cette époque (1924) le déclin de ce vignoble est cependant largement amorcé. Celui-ci a débuté dès les années 1840 par le développement du chemin de fer qui a permis aux vins du sud de la France d’arriver plus rapidement à Paris. Il s’est aggravé par l’effet de maladies cryptogamiques : oïdium en 1854, mildiou en 1886, auxquelles sont venues s’ajouter les trois crues dévastatrices de la Loire (1846, 1856 et 1866) et, bien sûr, la grande crise phylloxérique qui a sévi de 1876 à 1891 et qui, de par son importance, a contraint certains vignerons à abandonner leur métier et quitter le canton. Les efforts de reconstruction ayant été, de surcroit, contrariés par la Grande Guerre, les vignes laissent alors, peu à peu, leur place aux cultures légumières et à l’arboriculture" 1.

De nos jours le "Beaugency" n’est plus. Le "Clos Jeannette" situé à l'est de la ville, a été remplacé par le cimetière après 1925. Tout proche, les appellations "Orléans" et "Orléans-Cléry" classés VDQS "Vins de l’Orléanais" en 1951, ont reçu une AOC en 2006 !

Compagnie Vigneronne des Chevaliers d'Orléans-Cléry

Etude, Recherche et Illustration NJGJ©beaugen.net

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* En 1577, le Parlement de Paris promulgue l’édit des vingt lieues, qui interdit aux cavistes parisiens d’acheter des vins produits à moins de 88 km, dans le but de freiner la prolifération de la vigne sur la capitale.
Extraits, Sources et Bibliographie :
1 La vigne et le vin par le canton de Chécy
2 Archeologie du vin par l’inrap
3 Dictionnaire Historique des environs de Paris -1825- Pierre Joseph Spiridion Dufey
4 Les héritages paysagers de la viticulture dans le Val de Loire d’Orléans à Tours -2012- François Legouy
5 Histoire de la vigne et du vin – Roger Dion 1934
6Essais Historique sur la ville et le canton de Beaugency -1856- M. Pellieux – Lorrin de Chaffin
7Beaugency autrefois
8Saisons paysannes -1996- Gérard Boutet
9 Les vignes et vignerons d'Orléans à la fin du Moyen-Age - Françoise Michaud-Fréjaville
10 "Histoire des rue de Beaugency" Jacques Asklund

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